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DROIT DU PARTAGE DES BIENS

Action en complément de part et publicité de l’assignation

Lorsqu’une action en complément de part a pour objet non l’annulation du partage mais le paiement d’un complément de part en numéraire, la recevabilité de la demande n’est pas soumise à la publication de l’assignation au bureau des hypothèques.

Civ. 1re, 6 nov. 2013, FS-P+B, n° 12-15.393

Aux termes de l’article 28, 4, c du décret n° 55-22 du 4 janvier 1955 portant réforme de la publicité foncière, sont obligatoirement publiées au bureau des hypothèques de la situation des immeubles « les demandes en justice tendant à obtenir, et les actes et décisions constatant, la résolution, la révocation, l’annulation ou la rescision d’une convention ou d’une disposition à cause de mort [lorsqu’elles visent un droit réel immobilier] ». À défaut, elles ne sauraient être recevables.

La difficulté résidait, en l’espèce, sur le fait de savoir si une action en complément de part devait être ainsi concernée. En effet, l’article 889 du code civil prévoit que si l’un des copartageants établit avoir subi une lésion de plus du quart, le complément de sa part lui est fourni, au choix du défendeur, soit en numéraire, soit en nature. Lorsque la lésion est constatée, et que le copartageant exige que le complément lui soit versé en nature, il existe dont bel et bien un risque que le droit réel immobilier soit remis en cause.

La solution, si elle n’avait jamais été expressément énoncée, se comprend néanmoins. La finalité du décret du 4 janvier 1955 est d’offrir aux tiers une certaine protection s’agissant d’un risque d’annulation rétroactive de l’acte : « Il serait dangereux pour un tiers de conclure une opération immobilière avec l’acheteur (ou le légataire) tant que la juridiction saisie par la demande n’a pas statué. Il est donc nécessaire d’informer ce tiers » (S. Piedelièvre, obs. sous Civ. 3e, 11 avr. 1995, n° 93-11.695, D. 1996. 209 , obs. S. Piedelièvre ; RDI 1997. 117, obs. P. Delebecque et P. Simler ). En d’autres termes, le décret « ne prescrit la publicité que des demandes tendant à l’anéantissement rétroactif des actes » (Civ. 1re, 1er juin 1964, Bull. civ. I, n° 284).

À l’inverse, dans l’hypothèse où aucun droit immobilier n’est menacé de disparition rétroactive par l’action en justice, il n’est pas utile que celle-ci fasse l’objet d’une publicité. Ainsi, la jurisprudence a déjà eu l’occasion de considérer qu’une instance en bornage ne tranche pas une question de propriété pas plus qu’un procès-verbal de bornage ne constitue un acte translatif de propriété (Civ. 3e, 27 avr. 2011, n° 10-16.420, AJDI 2011. 470 ). De la même manière, une demande de révision des charges de copropriété ne saurait être susceptible de remettre en cause l’existence d’un droit de propriété immobilière (Civ. 3e, 18 déc. 1996, Bull. civ. III, n° 243 ; RDI 1997. 128, obs. P. Capoulade et C. Giverdon ).

Or, l’article 889, issu de la loi n° 2006-728 du 23 juin 2006 portant réforme des successions et des libéralités, ne saurait être confondu avec l’ancienne action en rescision. L’action en complément de part ne vise plus à obtenir l’annulation du partage lésionnaire. La réforme a, de la sorte, « voulu éviter que [le partage] ne soit trop facilement annulé ou rescindé, ce qui pouvait avoir pour conséquence de fragiliser les actes subséquents relatifs aux biens partagés » (J.-F. Sagaut,  Revente d’un bien partagé et lésion : recommandations pratiques, RDC 2008. 1365). Désormais, la partie lésée dispose sur ce fondement d’une créance à l’encontre des autres héritiers et non plus d’un droit à obtenir l’annulation rétroactive du partage (F. Dannenberger, Action en rescision pour lésion et déclarations de créance, LPA 15 janv. 2009, p. 14). En témoigne l’architecture même retenue par le code civil puisque les articles 887 à 892 se divisent en deux sections, la première étant relative aux « actions en nullité du partage », qui remettent en cause l’acte, la seconde visant « l’action en complément de part ».

Tout au plus est-il possible de s’interroger sur le fait de savoir si l’option offerte de verser le complément en nature ne fragilise pas le droit réel immobilier. A priori, elle appartient exclusivement au défendeur, c’est-à-dire à l’héritier avantagé. Si celui-ci décide de restituer le trop-perçu en nature, le droit de propriété ne saurait être remis en cause de manière rétroactive : il va s’en dessaisir au moment où il opte pour une fourniture du complément de part en nature. A supposer qu’il en ait d’ores et déjà disposé, l’option semble ne plus lui être ouverte. Est alors uniquement soulevée, de ce point de vue, la difficulté où un héritier, ayant été avantagé, a disposé des droits qu’il a reçu et n’a plus les moyens d’honorer la créance à l’égard des autres copartageants qui ne disposeront à son égard que d’un droit personnel qu’ils devront tenter de recouvrer. 

par Nicolas Kilgus, le 21 novembre 2013

SOURCE : DALLOZ ACTUALITE

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